Le canal du Beauregard – une randonnée au plus profond de soi-même…


Je vous parlais dans un de mes précédents articles, La randonnée, de cette magnifique balade que j’ai découverte en Martinique.

Comme je vous disais dans l’article en question, cette randonnée a un charme tout particulier… mais pas seulement. J’espère pouvoir vous raconter le voyage que vous allez faire si un jour vous avez la chance de prendre rendez-vous avec cette magnifique randonnée…

Il y a quelques mois, je découvrais donc cette balade en cherchant à choisir une randonnée pas trop difficile, mais qui donne envie de crapahuter… je suis tombée sur la description de cette rando… Une description déconcertante car elle était fortement déconseillée aux personnes sujettes au vertige… La raison en était tout aussi curieuse : la rando se faisait la plupart du temps sur un mur étroit avec le vide en contrebas…

Je n’ai pas le vertige, mais en hauteur, je peux ressentir un certain malaise… dû au fait d’être consciente du danger… Je n’ai pas peur de la hauteur, mais le fait de lire cette description de rando m’intriguait et me « tenait à distance » tout en m’attirant à la fois. Un sentiment bizarre, mais très fort, que vous avez sans doute dû ressentir dans votre vie…

13.09.13 Canal esclaves Beauregard (11)

C’est une rando qui est déconseillée aux enfants « agités » et c’est pourquoi, nous avons décidé avec mon mari d’aller d’abord tous seuls essayer cette randonnée… Je ne vais pas vous raconter en détail cette première découverte du canal Beauregard, mais ce que je peux déjà vous dire est que ce fut une réelle surprise. Une surprise inattendue, extrêmement agréable, avec des sentiments forts, inexplicables lors d’une première expérience… Ce fut beau et intense, avec des peurs surmontées, dans un cadre d’une beauté difficilement descriptible en mots… Une beauté tellement majestueuse que je l’ai ressentie sans même la regarder… je regardais le mur sur lequel j’avançais pour surmonter toute tentation de vertige qui pouvait apparaître… et je sentais la beauté autour de moi… mes sens la percevaient sans qu’il y ait besoin de lever et regarder « avec les yeux »… Je ne sais pas si vous avez déjà ressenti cela un jour, mais moi, c’est dans cet endroit que j’ai découvert cette sensation que je ne connaissais pas… Quelques fois, écrasée littéralement par cette beauté, je sentais l’impérieux besoin de m’arrêter et de regarder de mes yeux, de la contempler, de respirer profondément et contempler… les montagnes, la vallée, les arbres, la nature tellement verdoyante, le précipice, les oiseaux qui tournaient autour, la mer au loin, plus tard une cascade sur les parois vertigineuses au loin, la rivière tout en bas de la vallée… qui nous accompagne par le son de son tumulte, mais qui ne se laisse dévoiler que de temps à autre… Difficile vraiment de trouver les mots pour décrire les sensations fortes que j’ai vécues car j’ai l’impression que rien qu’en nommant ces sensations j’écorche leur beauté…

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Mais si on veut partager avec les autres des sensations ou des sentiments forts, il faut bien essayer de trouver les mots pour décrire et essayer au moins de donner un léger aperçu de l’intensité des choses…

Je ne vous parlerai pas davantage de cette première expérience car je veux vous laisser le privilège et le bonheur de découvrir les autres beautés par vous-même, de pouvoir encore avoir la surprise de la découverte, l’émerveillement de l’instant qui vous éclate en plein visage et vous emplit de bonheur inespéré.

Je vous parlerai en échange d’aujourd’hui et du second voyage au canal de Beauregard… Je préfère l’appeler ainsi plutôt que le « canal des esclaves » comme vous allez le retrouver dans les guides ou sur les cartes… Il est vrai que ce canal a été construit par les esclaves et d’ailleurs vous allez le ressentir en parcourant cette rando… l’intensité des émotions est donnée certes par la beauté et la majesté de la nature, mais en égale mesure par les personnes qui ont construit cet ouvrage… J’ai ressenti dans mes tripes la sueur, la détermination, l’effort, la douleur, la souffrance, la mort, la résignation, mais néanmoins la soif de vivre de ceux qui ont construit ce magnifique canal… Je ne peux, malheureusement, que leur être reconnaissante du sacrifice qu’ils ont fait et ne pas ignorer le fait que je n’aurais jamais eu la chance de connaître la beauté de cet endroit sans leur sacrifice…

Ce matin, dimanche, 2 février, je me suis réveillée très tôt, après une nuit très courte… Courte et intense car pleine de réflexions profondes… l’aboutissement de plusieurs jours de découverte et surtout après avoir réalisé une chose très importante qui nécessitait un « réalignement » à l’intérieur de moi-même par rapport au monde extérieur… Tout cela peut sembler bien compliqué, même si ça ne l’est pas…

Tout cela pour vous dire qu’après deux jours et nuits de réflexions intenses et profondes… et qui ne se sont pas passés en douceur (car l’analyse de soi et un réalignement ne se font presque jamais sans douleur, souffrance, larmes et émois…), ce matin je ressentais le besoin d’aller me ressourcer dans la nature pour récupérer l’énergie que j’avais perdue dans ce lourd processus de réalignement… En cherchant sur la carte une randonnée, pour une fois, je n’ai plus ressenti le besoin de chercher du nouveau, mais bien de chercher quelque chose de connu, de rassurant, que je connaissais et savais d’avance qu’il me sera impossible d’y être déçue… Et c’est pourquoi, sans hésiter, le choix s’est imposé à moi : le canal du Beauregard…

Une autre raison qui m’avait poussée à ce choix est un rendez-vous proche… qui pourrait avoir lieu avec une personne qui a été à la base de tout ce que j’ai décrit plus haut… Il se peut que ce rendez-vous n’ait pas lieu, mais au cas où … je me suis dit que cette occasion serait idéale pour voir si cela pouvait constituer un sorte de « parcours initiatique »… Je le ressentais comme tel au plus profond de moi, mais pour pouvoir le transmettre à quelqu’un d’autre que nous-même, pour pouvoir le partager, les sentiments, les sensations et surtout l’intensité ne peuvent être transmis que par le simple fait d’amener la personne dans des endroits magnifiques… qui « nous  parlent » car justement cela « nous » parle à nous, mais cela a de grandes chances de ne pas « parler » aux autres…

J’ai refait donc cette randonnée avec plusieurs buts dont un – peut-être le plus important – était de comprendre et d’arriver à transmettre à quelqu’un d’autre la majesté de l’endroit, l’intensité, la profondeur de cette randonnée… Pas facile comme objectif, mais puisque je suis partie avec cet objectif en tête, le reste est presque venu naturellement… Ce « voyage » m’a permis, en reconnaissant et en nommant les symboles de l’endroit, de me découvrir et redécouvrir moi-même…

La randonnée commence dans un endroit banal, au milieu des champs de canne à sucre, dans un virage… Un simple panneau de l’ONF annonce cette rando en décrivant les dangers que vous pouvez rencontrer… Il ne parle pas bien sûr de la beauté des choses que vous allez découvrir et rien ne vous laisse entrevoir une telle beauté…

Vous commencez depuis pratiquement le début de la rando à marcher sur le mur qui, à flanc de montagne, constitue le canal où l’eau coule vers les champs de canne à sucre. Au début le mur est rassurant et vous avancez vite car vous êtes encore dans le champ, mais rapidement vous allez vous retrouver avec le précipice sur votre droite… En fait, pratiquement toute la rando se fait sur ce mur, mais rassurez vous tout est faisable… Vous allez être étonné(e) de ce que vous allez découvrir sur vous-même à la fin de cette rando inhabituelle si vous laissez vos sens et votre esprit ouverts…

J’avançais sur ce mur aujourd’hui et je pensais à la personne dont je vous parlais plus haut… comment lui faire ressentir la majesté des lieux en même temps que la symbolistique qu’un tel endroit peut refléter sur sa propre vie, sur soi-même… Cette personne est tellement remplie de contradictions qu’elle a fini par ne plus les voir… mais elle les ressent sans doute sous forme diverses : épuisement, tensions, douleurs physiques que son corps s’efforce de lui faire comprendre…

J’étais devant, suivie par mon mari qui lui aussi continue à être encore hanté par ses contradictions… Tout être humain est habité par des contradictions… c’est la lutte permanente entre le conscient et le subconscient, entre le rationnel et l’émotionnel, entre la partie gauche et la partie droite du cerveau… La seule manière que j’ai trouvée pour être heureuse est d’essayer de réconcilier, d’aligner ces deux parties pour qu’elles se trouvent le plus en harmonie. C’est un combat de tous les jours, qui ne se fait pas toujours en douceur, car pour cela il faut voir la réalité en face, sans détour… les faits, peu importe s’ils font mal, s’ils blessent, si ce n’est pas du tout ce qu’on a envie de voir… Rassurez-vous il y a dans ce combat aussi les parties positives qu’on voit, qu’on peut utiliser, les signes d’amour, les surprises agréables, un simple sourire, etc. plein de choses qui nous rendent le combat plus facile et qui peuvent nous emplir de joies si nous laissons nos sens ouverts… C’est un combat que je fais en paix et sereinement car je sais que c’est le bon chemin, c’est le chemin que J’ai choisi et qui m’apporte le bonheur… Les désagréments de parcours – les blessures, les larmes, les souffrances – sont juste le prix pour pouvoir mieux apprécier le bonheur et la paix qu’on peut ressentir après chaque combat gagné contre nous-même… Car c’est nous-même l’ennemi dans ce combat, aussi curieux que cela puisse paraître… Ce ne sont jamais les autres, même si nous avons toujours tendance à rendre coupable l’Autre… c’est bien plus facile que de voir la réalité en face, telle qu’elle est : nous avons toujours le choix et c’est uniquement Nous qui choisissons. Nous sommes toujours libres et si jamais vous pensez le contraire c’est que vous, vous vous rendez prisonniers…

Mais revenons à notre mur. En marchant aujourd’hui sur le mur, j’ai réalisé que je marchais sur le chemin de ma propre vie… ce mur représentait « mon » chemin… un chemin sinueux qui ne se laisse pas découvrir d’un coup, avec des passages qui donnent le vertige, mais qui ne manque pas de charme, de sensations fortes, avec de l’émerveillement, des rencontres, des surprises que je découvre au fur et à mesure que j’avance sur le chemin de ma vie… J’avançais sur ce mur d’un pas sûr et décidé comme je l’ai toujours fait dans ma vie… accrochée à ce mur, car dans la vie, si on ne reste pas accrochée à son chemin on peut si facilement se perdre… Le mur semble bien étroit et je me suis demandée si mon chemin était si étroit que cela… la réponse est venue toute seule… le chemin de la vie doit rester étroit pour pouvoir y rester accrochée, pour pouvoir vivre au maximum chaque moment… cela n’empêche pas du tout les décrochages, de temps à autre… le besoin de vous arrêter sur une pierre pour vous reposer, reprendre votre souffle, mais surtout réfléchir (car sur cette rando, l’effort physique est inexistant)… profiter de la beauté de la nature, du silence transpercé par le bruit de la rivière qui vous accompagne sans même que vous le réalisiez… C’est seulement en ouvrant vos sens, assis sur cette pierre, au virage du chemin que vous allez entendre la rivière… Tout comme dans la vie, il y  a des personnes qui vous accompagnent de près ou de loin, avec leur amour… et que vous ne voyez même pas ou plus, que vous ne ressentez même plus tellement vous y êtes habitué(e), tellement vous avez l’impression que leur amour vous est dû et vous n’avez rien à faire que d’exister… Mais l’amour n’est pas un dû… il faut l’entretenir sinon un jour vous allez peut-être constater avec étonnement qu’il s’est évanoui… Et vous allez peut-être avoir l’humilité de réaliser que vous auriez pu éviter cela si vous aviez fait plus attention, si vous vous mettiez plus à la place de l’Autre… Mais le sujet de comment se mettre à la place de l’Autre est un sujet à lui tout seul… j’aurai peut-être un jour l’occasion de vous en parler…

Mais revenons à notre randonnée… En avançant sur le mur, comme je disais plus haut, je ressentais la beauté de l’endroit… mais parfois cette beauté sensorielle me faisait m’arrêter et mes yeux et mon « moi » le plus profond avaient besoin de regarder avec les yeux, de se remplir de cette beauté indescriptible qui vous fait presque perdre la respiration… Il faut se rappeler de respirer et le faire profondément pour arriver à s’imprégner de cette majesté… Vous allez peut-être avoir l’impression que j’exagère, mais je vous rassure… NON. Cet endroit existe vraiment et vous pouvez ressentir la même chose que moi si vous abordez cette randonnée comme un parcours initiatique vers vous-même, votre for intérieur… Laissez-vous le privilège de voir le chemin de votre propre vie en avançant sur ce mur… Vous allez constater que vos yeux sont collés au mur… vous regardez vos pieds qui se posent l’un après l’autre sur ce mur, et c’est d’ailleurs un remède excellent contre tout vertige… Et même si votre pas tremble, au fur et à mesure que vous avancez vous allez ressentir comme vous devenez maître de votre démarche, de votre chemin de la vie…

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Un autre symbole fort de cette rando… c’est la découverte de passages inattendus… L’eau qui se déverse sur le mur que vous devez traverser… La décision que vous allez prendre vous parlera de votre manière d’aborder les choses dans la vie…

Un autre passage plein de significations où j’ai eu l’occasion de découvrir des choses sur moi-même… Un endroit plein de boue qu’on ne pouvait contourner par nulle part… Je me suis arrêtée pour réfléchir… comme je le fais aussi dans la vie… Mon mari m’a dépassée et a attaqué de front cette boue sans se soucier du fait qu’il allait se salir (alors que dans l’eau il n’avait pas eu la même approche)… Je l’ai suivi tout de suite en arrêtant ma réflexion car j’ai senti que c’était la meilleure décision à prendre dans la situation respective… J’ai fait cela, alors que d’habitude c’est lui qui est le suiveur sur le chemin de notre vie… Je suis devant non pas parce que je souhaite prendre les décisions, mais parce que je n’ai jamais peur d’assumer les choix que j’ai faits.

J’ai traversé cette boue étonnée de la simplicité de la décision que je devais prendre, alors que dans la vie c’est exactement ce que je fais… Je traverse les expériences de la vie, à tout cœur, sans avoir peur de souffrir, toujours entière, prête à me salir, tomber, m’écorcher… Après chaque expérience je ne sors que plus riche… peu importe les résultats…

Dans la vie, il faut vivre les expériences à fond, il faut vivre dans le présent « Carpe diem »… Ne pas vivre dans le passé, ni dans l’avenir… car le passé ne reviendra plus et le futur sera toujours incertain… La seule chose dont vous pouvez être sûrs c’est le moment présent que vous vivez à cet instant… Cela ne veut pas dire d’oublier votre passé… bien au contraire, le passé vous aidera toujours à faire des meilleurs choix dans le présent ou l’avenir… Cela ne veut pas dire non plus d’ignorer votre avenir, bien au contraire… essayez de planifier votre futur ne vous amènera que du bonheur quand vous pourrez le faire vivre… Soyez préparé(e)s cependant à l’éventualité que ce futur ne se produise jamais pour empêcher la “chute”…

Vivez au présent sans avoir peur de vous faire mal… vivez vos sentiments aussi loin que vous pouvez, n’hésitez pas à faire ce que vous avez envie, même si ce sont des choses « qui ne se font pas »… Ne vous laissez pas limiter par les convenances, ni par la société, car le temps passe et vous n’aurez peut-être plus l’occasion de revivre les mêmes émotions… Vivez chaque moment de votre vie comme si c’était le dernier !

A la fin de la rando, pour couronner le tout, arrêtez-vous au resto « La Maison Rousse » (sur votre droite)… un endroit plein de charme qui ne fera qu’amplifier tous les sentiments et les sensations que vous avez ressentis tout au long de ce magnifique parcours. Des propriétaires plein de douceur, une cuisine simple mais délicieuse… une simplicité qui ne fera qu’accentuer la beauté de l’endroit : les mornes, la forêt, les fleurs, les colibris… le silence peut-être… Un endroit que vous aurez du mal à quitter… Ils ont des chambres d’hôtes qui vous tenteront peut-être pour prolonger ces moments qui resteront gravés dans votre mémoire… Je leur dis merci d’exister et de tenir cet endroit avec passion. Je les remercie de leur gentillesse, de l’accueil et du souci de l’Autre.

En ce qui me concerne, cet endroit c’est le rendez-vous avec moi-même, un endroit que je sais que je vais garder dans ma mémoire toute ma vie… et à chaque fois que je me souviendrai de cet endroit je sais que l’émotion va me submerger…

Je vous souhaite arriver un jour à connaître cet endroit, le Canal du Beauregard. Ce fut un réel plaisir de le partager avec vous ! A bientôt sur le blog… 😉

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Une réflexion sur « Le canal du Beauregard – une randonnée au plus profond de soi-même… »

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