Au lieu d’épargner crétin, prêtez humain avec Kiva!


OPINIONS, ECONOMIE – Oui je sais, le titre de cet article est provocateur et pour tout dire indigne de son auteur. Bon mais voilà, vous avez baissé les yeux et commencé à lire… déjà une petite victoire à mon microcrédit ! J’essaierai donc d’aller vite à l’objet.

Vous avez tous constaté comme moi que les taux d’intérêts bancaires sont ridiculement bas, que ce n’est même plus la peine d’en parler tellement c’est insignifiant : votre épargne vous rapporte, en gros, des moitiés de cacahouètes. Vous êtes tous dégoûtés, écœurés par le « monde de la finance », la crise financière puis économique mondiale qui gangrène notre planète.

C’est un peu comme si la croissance était en vacance, comme si c’était la France au mois d’août : il ne se passe rien. Détrompez-vous ! C’est au mois d’août que l’on prend les décisions cruciales pour l’année qui vient.

Et là, le « mois d’août » se passe à Davos, où les grands de ce monde débattent de ce qu’il convient de faire au chevet de l’économie malade. Personnellement je suis de ceux qui sont favorables à ces ateliers d’échange d’idées car il faut bien qu’elles se diffusent et que les meilleures puissent s’appliquer. Donc, vive le débat d’idées à Davos ! Jusque-là, vous me suivez, au moins les plus modérés.

Il y a une lame de fond qui change petit à petit le monde, et surtout la pensée économique…

Et voilà que depuis quelques années Matthieu Ricard, le moine bouddhiste qui avait été déclaré par la presse comme étant « l’homme le plus heureux du monde », auteur du « Moine et du philosophe », de « Plaidoyer pour le bonheur » et récemment « Plaidoyer pour l’altruisme » est invité à Davos. Incongru penserez-vous ? Non, pas du tout. Il y a une lame de fond qui change petit à petit le monde, et surtout la pensée économique. C’est l’altruisme. Richard Branson, un autre leader d’opinion, abonde dans ce sens, avec une autre approche: « le capitalisme comme force du bien », j’en parlais dans un article précédent.

Mais la « substantifique moelle » est la même : il faut s’intéresser aux autres, être empathique et appliquer cette pensée à nos schémas de travail et d’entreprise. C’est la meilleure réponse que nous pouvons apporter aux changements climatiques et aux enjeux géopolitiques de demain, comme les déplacements de population, l’éducation des masses, la diffusion des livres électroniques, le manque d’eau potable. Et internet sera la clé de voûte de ce nouveau paradigme.

Or, dans une interview donnée récemment sur France 24 (que vous pouvez retrouver ici, et notamment à la minute 02:50 de l’interview), Matthieu Ricard parle très rapidement de « Kiva », une association qui aurait déjà prêté plus de 5 milliards de dollars en microcrédit l’année dernière.

A priori intéressé parce que dit Matthieu Ricard d’un point de vue spirituel, le petit entrepreneur que je fus encore récemment l’est d’autant plus d’un point de vue économique. Ne faisant ni une ni deux, je google et trouve le site américain de «Kiva » et voici mon analyse succincte.

On peut « prêter » de l’argent à taux zéro à des gens, n’importe où sur la planète, des gens qui ont moins de chance que nous : des orphelins, des veuves, des types qui viennent de se faire licencier, des victimes d’atrocité, de guerres, etc. Vous avez compris. A taux zéro, c’est-à-dire que lorsque votre débiteur vous aura remboursé, vous n’aurez rien « gagné ». Vous aurez peut-être perdu, économiquement parlant, car l’inflation aura fait son travail et les 25 dollars que vous aurez prêtés – c’est la somme optimale que Kiva préconise que vous prêtiez pour chacun de vos débiteurs – vaudront moins dans quelques mois.

Voici un schéma du flux de l’argent. Il est ultra simple:

Kiva2

  1. Un prêteur bien intentionné (vous, moi) remet de l’argent via « Kiva » à une de ses institutions partenaires sur place ;
  2. Cet argent est remis en votre nom à la personne bénéficiaire que vous avez sélectionnée au préalable. C’est une phase de « personnalisation » très poussée du prêt « d’humain à humain » ;
  3. La personne bénéficiaire engage les dépenses comme prévu et commence le remboursement auprès de l’institution partenaire selon un échéancier établi et que vous aurez analysé lors de votre choix au point 1 ;
  4. L’institution vous rembourse lorsque c’est votre tour, en fonction de votre contribution. Vous pouvez donc prêtez de nouveau et vos 25 dollars vont encore aider quelqu’un !

Et alors ?

C’est sans doute moins que si vous aviez « épargné crétin » mais regardez le résultat : vous aurez, vous avec d’autres « de bonne volonté », tiré de la mouise une série d’êtres humains qui souffrent, peut-être plus que vous. Plutôt que de laisser son argent et voir à la fin de l’année combien cela vous a « rapporté », n’est-ce pas un « gain » ? Un gain non économique, mais un réel gain humain, vous aurez fait quelque chose, directement, en court-circuitant les procédures classiques, en tant que citoyen du monde, tout simplement.

Internet permet de démocratiser la décision économique au niveau individuel…

Evidemment, je ne dis pas qu’il faut retirer massivement son épargne des banques, ce serait une erreur monumentale et un des secrets du bonheur c’est de savoir se modérer. N’oublions jamais que le système bancaire est vraiment utile, c’est lui qui vous permet de payer vos factures par internet, il soutient l’euro, il vous permet d’acheter un tee-shirt au fin fond du Laos avec votre carte de crédit. C’est quand même un progrès indéniable, ou à tout le moins un mal nécessaire. Mais les tarés de la spéculation sont allés trop loin en faisant grandir ce cancer des subprimes, des produits bancaires dérivés et autres options et sous options. Du coup, certaines banques ont oublié quel est leur rôle de base : financer l’économie réelle. Pas spéculer. Pas chercher le profit immédiat et exponentiel. C’est vraiment dingue quand on y pense : personne n’a songé à s’arrêter et se dire, « Stop, analysons ce qui se passe… ». Non. L’inertie de la connerie et de l’avidité ont été trop grandes. Albert Einstein disait « les intérêts composés sont la force la plus grande de l’univers ». Alors utilisons cette force de façon « individuellement collective » si vous me permettez l’expression, car internet permet de démocratiser la décision économique et là, vous pouvez faire autre chose, agir sur « Kiva » .

Ce qui est intéressant sur « Kiva », c’est que vous pouvez joindre une « équipe », c’est-à-dire des humains comme vous qui partagent une philosophie, qui choisissent de prêter de l’argent préférentiellement à telle ou telle catégorie de personnes dans le besoin. Il y a les bouddhistes, les catholiques, les Canadiens, que sais-je encore, mais il y a aussi ceux qui veulent rendre hommage à leurs chers disparus en prêtant de l’argent en leur nom pour honorer leur mémoire.

Au cours de ma démarche exploratoire du site de « Kiva », je me suis amusé à feuilleter les titres et les déclarations d’intention des différentes équipes, pour voir si je pensais m’inscrire dans telle ou telle « catégorie ». C’était un sentiment étrange et une démarche révélatrice : je ne me suis pas arrêté à l’équipe « France » ou l’équipe « Bouddhistes zen » par exemple, mais l’une de ces équipes de prêteurs du cœur a retenu toute mon attention : « Aidons les veufs (ou veuves) et les familles monoparentales ». Et là ce fut un déclencheur dans mon acte de volition pour prêter de l’argent, d’autant que j’ai pu voir le profil de cet homme qui m’a vraiment impressionné.

Tenez-vous bien, Monsieur DiLucci est :

  • un avocat américain – déjà vous grincez des dents,
  • fiscaliste – là vous vous agitez sur votre séant (mais il défend les citoyens contre l’administration fiscale, c’est déjà un bon point !),
  • et texan de surcroît (le Texas, l’Etat du pétrole, de « Dallas », du Rio Grande et des immigrés Mexicains qui essaient d’entrer aux Etats-Unis) – là vous me dites, c’est un capitaliste, un « vrai de vrai », et vous auriez raison. Sur le papier.

Monsieur DiLucci, au jour où j’écris cet article, a effectué 117 prêts UNIQUEMENT A DES FEMMES ! On peut voir la distribution de ses prêts sur toute la planète, c’est très marketing, très américain, et donc rudement efficace ! Un vrai humaniste en quelque sorte.

J’ai été entrepreneur avec mon épouse. Nous avons créé deux entreprises en Roumanie et ce fut une aventure très riche en expérience, mais difficile. Nous aurions aimé pouvoir bénéficier de tels emprunts sans intérêts et sans trop de paperasse car le système bancaire local nous a vraiment dégoûtés à tel point que nous n’avons pas pu emprunter de l’argent. Nous avons donc dû lutter pour survivre et n’avons pas pu donner l’allant économique que nous aurions souhaité pour ces beaux projets de vie. De retour en France nous avons eu une expérience malheureuse avec le crowdfunding qui est un système de DON, et pas de PRÊT. Là est toute la différence, qui me séduit, car je considère qu’il faut aider les gens qui veulent créer quelque chose, qui veulent s’en sortir par leur propres moyens et ont besoin d’un bon coup de pouce, temporaire. D’ailleurs le taux de remboursement des prêts sur « Kiva » est proche des 99%, à en croire leur page « about us ». Ils ont plus d’un million de prêteurs, et ont généré plus de 500 millions de dollars de prêts depuis 2005. Une performance tout de même.

Revenons à votre humble serviteur : je vais commencer par prêter quelques centaines d’euros, et je verrai bien comment cela fonctionne… ou pas.

Peut-être essayerez-vous aussi « d’épargner humain », et si vous constatez que cela ne va pas après un moment, laissez tomber « Kiva ». Sur internet, c’est beaucoup plus facile que de renoncer à sa propre banque, non ? Je pense qu’en tout cas ça vaut le coup de faire un peu d’altruisme économique !

A bon entendeur, salut, et portez-vous bien.

Bien amicalement,

Olivier

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2 réflexions sur « Au lieu d’épargner crétin, prêtez humain avec Kiva! »

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