Le silence qui blesse, le miroir qui révèle…


Le silence est souvent considéré comme une vertu… Je le pense aussi de temps en temps, mais la plupart du temps j’ai du mal à le considérer comme tel…

Il est vrai qu’il y a plusieurs types de silences.

J’aime le silence face à la beauté de la nature, plongée dans la douceur d’une chanson brésilienne, couchée sur le sable à regarder le ciel en essayant d’apaiser le trop-plein de sentiments, le trop-plein de pensées, le trop-plein d’émotions, le trop-plein de tristesse parfois… Le silence face à soi-même n’est jamais silencieux car nos pensées nous parlent sans arrêt… ce n’est pas vraiment le silence…

J’aime aussi le silence des lèvres quand les yeux savent se parler… Mais cela n’arrive pas trop souvent dans la vie car il y a peu de gens qui savent se parler avec les yeux… Et puis les yeux s’éloignent et il n’y a que le silence qui reste… Un silence qui n’a plus rien d’agréable, qui pèse sur le cœur… C’est le silence qui sépare, le silence qui crée des fossés entre les gens, qui fait que les couples se séparent, que les amitiés se perdent, que les familles se disputent, que les constructions s’écroulent…

Le silence est source de malentendu, de mal-être, de refus, d’indifférence, de ressentiments, de tant de choses que personne ne peut aimer…

Elbert Hubbard disait que « Celui qui ne comprend pas ton silence n’arrivera jamais à comprendre tes mots.» et je ne peux qu’être d’accord avec lui. Cependant il y a des silences qu’on ne peut pas comprendre et qui font mal… Je suis sûre que vous savez de quoi je parle et que vous avez déjà ressenti ce sentiment, cette douleur, cette souffrance que le silence provoque… Ce qui est curieux est le fait que même si tout le monde connaît ces sentiments que le silence provoque, il y a une majorité d’entre nous qui oublie de parler et de ne pas garder le silence… et qui donc fait subir cette même souffrance aux autres… A la place de soigner, les gens s’occupent à transmettre la douleur qu’ils subissent eux-mêmes sans se soucier de la faire subir aux mêmes personnes… Bien au contraire…

J’ai découvert récemment une très belle poésie sur le silence écrite par René-François SULLY PRUDHOMME :

Silence

 

La pudeur n’a pas de clémence,

Nul aveu ne reste impuni,

Et c’est par le premier nenni

Que l’ère des douleurs commence.

 

De ta bouche où ton coeur s’élance

Que l’aveu reste donc banni !

Le coeur peut offrir l’infini

Dans la profondeur du silence.

 

Baise sa main sans la presser

Comme un lis facile à blesser,

Qui tremble à la moindre secousse ;

 

Et l’aimant sans nommer l’amour,

Tais-lui que sa présence est douce,

La tienne sera douce un jour.

Ceux qui aiment la poésie savent qu’au delà de la beauté des vers, la poésie nous aide à transmettre des messages aux autres… quand on n’arrive pas ou on ne s’autorise pas à trouver les mots pour sortir de notre silence… La poésie permet de parler sans blesser l’Autre… tout en sachant qu’on a peu de chances de se faire entendre. La poésie permet de se retrouver soi-même… et souvent on s’en contente faute de pouvoir se faire entendre.

J’ai souvent utilisé la poésie ou la chanson pour transmettre des messages, même si souvent ces messages n’arrivaient pas à bon port… Au moins j’ai essayé de ne pas garder le silence… que la personne en face gardait.

Le silence fait souvent mal et je me demande pourquoi les gens l’utilisent avec autant de facilité alors qu’ils savent les dégâts que le non dit provoque sur eux-mêmes… J’avoue que j’ai toujours été une « fan » de la parole, de la communication… non pas pour la forme, mais justement pour arriver à comprendre le fond. Le fond des autres, mais en égale mesure le fond de moi-même… On arrive à comprendre nos sentiments, nos émotions, nos colères, nos tristesses, nos frustrations, nos regrets… seulement quand on les traduit en paroles… Tant que tout cela reste à  l’état d’émotion, cela ne peut être ni compris, ni accepté… Le premier pas est en effet la « traduction » en paroles… Ensuite pour vraiment arriver à nous comprendre nous-même, à savoir qui on est, ce qu’on veut, ce qu’on ne veut pas, ce qui nous apporte le bonheur et ce qui nous rend malheureux… le premier pas n’est pas suffisant car il ne nous permet pas d’avoir un reflet… voir si on a une bonne analyse, si on n’exagère pas, si on reste objectif dans les limites du raisonnable, si on regarde la vérité en face ou si on se contente d’interpréter les choses comme cela nous arrange… C’est le rôle du « miroir » à qui l’on parle ou on écrit pour voir si on est trop loin de nous-même… et des autres. Sans ce miroir on se retrouve faisant fausse route, voire même pire, on ne réalise jamais que nous sommes sur la fausse route de nous-même… On le ressent cependant… car si on est sur une fausse route on ne peut pas être heureux…

Alors n’oubliez pas votre miroir, cherchez le : il peut être votre compagnon, ou votre ami, ou votre frère, ou un parfait inconnu. Vous pouvez même avoir plusieurs miroirs… Plus vous en avez, plus vous allez vous rapprochez de vous-même. Cela ne veut pas dire que vous devez raconter ce que vous ressentez ou votre vie à toute personne qui passe… En fait, une fois que vous avez trouvé un miroir, vous allez le savoir. Et après que vous allez pratiquer régulièrement votre analyse dans ce miroir, d’autres miroirs apparaîtront à vous. Cela vous semblera tellement évident que vous allez sûrement vous demander comment vous faisiez avant pour être aussi aveugle… Ne soyez cependant pas trop dur(e) avec vous car le monde est plein d’aveugles ou de borgnes « mal-voyants »…

Après la découverte des miroirs je pense que vous allez commencer à « voir » et ressentir le silence bien différemment… Le silence ne vous rapproche pas de vous-même ni des autres… il ne fait que vous en éloigner. Il est vrai que la parole peut aussi vous éloigner… c’est parce qu’on dit les choses qu’on se « fâche », qu’on se dispute, qu’on se sent blessé(e), qu’on souffre, mais aussi qu’on se réjouit, qu’on vibre, qu’on est heureux.

Pensez un peu à la dernière fois que le silence de la personne que vous aimez vous a rendu heureux(se)… C’était quand ? Si vous ne vous rappelez pas c’est que vous êtes honnête avec vous-même… Car il ne s’agit pas ici du silence qui évite un conflit, une dispute, une séparation… de toute manière ce n’est pas le silence qui évitera cela… bien au contraire…

Maintenant faites aussi l’exercice inverse : pensez quand fut la dernière fois que vous avez été heureux(se) que cette personne vous a parlé d’amour, de sentiment, d’émotion ou simplement pour vous raconter ses pensées… J’ai comme l’impression que cet exercice sera bien plus facile que le précédent…

Alors ne laissez pas le silence vous priver de ceux que vous aimez car tôt ou tard vous allez les perdre…

Ne confondez pas le silence avec un manque de temps… c’est la solution facile pour dissimuler votre silence… et le comble est que cette dissimulation ne peut que vous desservir car la personne qui subit votre silence se lassera d’autant de silence et passera à autre chose. Personne n’aime subir le silence ou le non-dit… Il est vrai qu’il y a beaucoup de gens qui peuvent facilement vivre dans un tel environnement fait de silence et de non-dit… cela évite les conflits et donne une fausse impression de confort… Mais ne vous trompez pas, plus dure sera la chute de ceux qui cultivent un tel environnement.

Ayez le courage de briser votre silence, ayez aussi le courage de détecter le silence que vous « pratiquez » sur des personnes qui vous aiment et qui ne méritent pas votre silence… Ayez la présence d’esprit de détecter les signes que les personnes qui subissent votre silence vous envoient… et si vous tenez à ces personnes, alors répondez à leurs signaux… Ne croyez pas que vous avez le temps et surtout ayez l’humilité de vous mettre à leur place et réaliser qu’à force d’attendre des paroles… la fatigue causée par la souffrance de cette attente a consommé petit à petit les sentiments que vous éprouviez pour la personne qui s’est tue si longtemps…

Dernier conseil d’amie : n’attendez pas demain pour aller parler aux personnes dont je parlais plus haut… Vous risquez d’oublier, comme vous le faites tous les jours… 😉

Je vous souhaite de récupérer au moins un(e) ami(e) en brisant votre silence et je vous dis à bientôt !

Crédit photo : http://www.slate.fr/tribune/52405/je-nai-pas-porte-plainte-viol-temoignages
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2 réflexions sur « Le silence qui blesse, le miroir qui révèle… »

  1. Rimailleur qui noircit des pages
    (Y compris celle d’aujourd’hui)
    Rarement son coeur introduit
    Dans ses chants ; ce serait peu sage.

    Comme à sa fenêtre un voilage,
    Les métaphores, jour et nuit,
    Protègent le sens, qui s’enfuit,
    Empruntant un autre passage.

    Par ce silence qui perdure
    Sont soignées d’anciennes blessures ;
    Le barde ne les perçoit plus.

    À des sentiments trop lisibles,
    Préférons la marque invisible
    D’un mot que personne n’a lu.

    J'aime

    1. Cerise (sur le gâteau – le gâteau pas le gâteux !)
      Oeuf ( ben quoi c’est 1 poule qui vous parle pas l’œuf!)
      Chimère (le danger de l ‘exaltation imaginative)
      Haillons ( Je m’en allais les poings dans mes poches crevées)
      Ourse (la grande pour aller chercher notre étoile..)
      Noires (mes pensées fautives de ses moindres faux pas)
      Femme (cherchez la ; l’erreur)
      Un ( symbole pour ne faire qu’1 )
      Cierge (ça peut servir dans la nuit obscure de l’âme)
      If (parce que je le kif , il est mon sédatif vif captif addictif)
      Union (je me rebiffe)
      Silence (mon refuge)

      Aimé par 1 personne

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