Pour Quoi écrire ?


Voici ci-dessous un petit texte que j’ai écrit pour le webzine du site participatif « Saisons d’écriture » rassemblant des écrivants indépendants…

POUR QUOI ECRIRE ?

Nous avions tout laissé derrière nous : plutôt partir de notre maison, de ce pays, que de sacrifier le bonheur de notre famille. La messe était dite de toute façon, il n’y avait plus rien à faire que de voir le navire percuter l’iceberg sur sa lancée malgré toutes les embardées salvatrices que nous lui avions imprimées : ce n’était plus qu’une question de temps, l’inertie allait faire son œuvre si rien ne se passait…

Partir. C’est le choix radical que nous avons fait à plusieurs reprises jusqu’ici. Mieux vaut parfois tout détruire en apparence pour reconstruire, si les fondations sont saines.

Et donc on part, on pleure, et on reprend tout.

De zéro ?

Pas vraiment, le zéro absolu n’existe pas. Seulement en mathématiques. Mais le zéro, c’est aussi l’infini si on le regarde autrement, si on le retourne sur lui-même : on emporte toujours avec soi ses souvenirs, ses aspirations, ses rêves. Son potentiel.

Lorsque je me suis trouvé de nouveau à réinventer ma vie professionnelle après avoir eu la chance d’en vivre plusieurs dans une seule existence, j’ai été confronté à un dilemme jusqu’alors inconnu : le vide.
L’angoisse.
La peur même.
Celle qui, au final, risque de paralyser l’élan qui semble brisé.

Ne plus être utile, ne plus savoir à qui ou à quoi vouer sa créativité et sa combativité, voilà ce qui m’a stoppé. Net.

Alors : doutes, pleurs, remise en question.

Au fond de ma propre terreur, j’ai cherché malgré tout à en sortir, usant de subterfuges, me créant des habitudes salutaires, des routines. De la discipline. Lorsque l’émotionnel est trop fort, il faut faire appel au rationnel : maîtriser son esprit, ses pensées, les orienter vers le concret ; on videra les vannes des larmes plus tard…

Et la discipline marche, les objectifs s’atteignent.
Jusqu’à un certain point cependant.

Un jour à l’occasion d’une nécessaire et sincère introspection – d’une réévaluation ou d’un alignement, c’est selon – j’ai retrouvé l’amie que j’avais abandonnée sur un des bancs du lycée.

L’écriture.

Elle m’avait pourtant bien accompagné durant des années, me dévoilant des contrées inconnues, décryptant les énigmes les plus obscures, mais j’ai dû la sacrifier pour survivre, puis vivre et aimer. Je l’ai délaissée et je ne m’en suis même pas rendu compte. Cet aveu que je me fis fut à la fois une profonde douleur et une libération.

J’avais mal. Mais j’ai décidé de me pardonner car le pardon permet tous les nouveaux départs. Le pardon libère. Je l’ai délaissée parce que je n’avais pas le choix. Alors j’ai avancé vers elle et j’ai pu la retrouver, la contempler.

Malgré les années, elle était toujours aussi belle, là, à me regarder avec compassion au fond du trou que j’avais creusé. Elle m’a donné la main, m’a hissé hors de mon propre vide. J’essaie donc de lui rendre hommage, comme d’autres sur ces pages, pour la remercier. Je lui dois bien cela, elle qui m’a contemplé et aidé dans l’ombre, patiemment, avec retenue.

J’ai mûri, j’ai des choses à dire après tout ce que j’ai enduré, digéré, vaincu sur moi-même en repoussant mes limites ; j’ai des histoires à raconter. Alors je me suis adressé à d’autres, bien plus grands, j’ai invoqué leur puissance en lisant leurs psaumes. « Écrire, c’est de la télépathie » dit Stephen King. La formule m’a paru si simple. Trop simple. Je l’ai donc lue, relue, intégrée, digérée, méditée…

Eh oui, c’est bien cela, entrer en télépathie : créer des mondes, de puissantes émotions, planter le décor du changement, de la rédemption ou du blasphème, voilà la joie d’écrire, voilà le bonheur de lire ! Pour les deux esprits en communion – dans l’espace et dans le temps – qui partagent le même livre, « l’aventure est au bout des doigts »…

Chacun a sa motivation profonde pour écrire.

Cependant j’aimerais tant qu’écrire devienne véritablement et profondément un plaisir, une nécessité, j’aimerais ne pas trahir l’Ecriture qui m’a retrouvé car je commence à peine à comprendre pour quoi écrire… Saurez-vous m’éclairer ?

Bien à vous,

Olivier

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3 réflexions sur “ Pour Quoi écrire ? ”

  1. Pourquoi écrire ? En ce qui me concerne, j’écris comme on photographie. Pour mieux regarder, pour vivre l’instant plus intensément, pour le fixer dans ma mémoire.J’écris aussi pour retrouver – reconstruire – les moments oubliés. J’écris tout simplement pour que ma vie ne me glisse pas entre les doigts comme du sable.

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    1. Merci beaucoup Michel pour vos pensées, c’est très gentil à vous de m’apporter votre réponse 🙂
      J’ai découvert votre blog au détour de mes recherches et j’aime aussi cette idée de laisser une petite trace et de capturer l’instant.

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