Losing my religion…


SPIRITUALITE – A treize ans j’ai connu une des révoltes fondamentales de mon existence. Il y en a eu plusieurs par la suite qui ont formé l’adulte que je suis devenu… Mais en l’espèce ce chamboulement personnel était très certainement lié au début de mon adolescence et aux formes de rébellion que l’on rencontre chez les jeunes de cet âge ; mais c’était le révélateur d’un malaise beaucoup plus profond comme je l’ai réalisé des années plus tard.

En fait tout a commencé avec une discussion banale sur le pas de la porte de l’appartement familial – nous étions alors au Lycée Albert Claveille de Périgueux – avec un des nombreux témoins de Jéhovah qui venaient prêcher la bonne parole. Et comme j’étais seul à jouer devant chez moi ce jour-là, j’ai commencé à discuter en contradictoire avec cet adulte qui me présentait sur une belle revue en papier glacé les paroles de la Bible et qui expliquait par A + B que les dinosaures étaient un mensonge éhonté. Au début j’aimais beaucoup parler avec cet homme car nous pouvions échanger des arguments et il constatait que visiblement je ne me laisserai pas convaincre aussi rapidement.

C’était passionnant pour moi de pouvoir échanger comme cela avec un adulte ; nous avons donc discuté plusieurs jours de suite et au final j’ai conclu que nous ne pouvions pas être d’accord : mon esprit critique et scientifique naissant ne pouvait tout simplement pas accepter les théories que cet homme me présentait, et sa profonde conviction n’était pas la mienne.

Cet épisode ne fut pas sans conséquence cependant : je me mis à penser intensément à la Bible, à la parole de Dieu, à la Sainte Trinité qui me semblait d’un coup profondément inexplicable et entièrement masculine. J’apprendrais beaucoup plus tard en lisant l’œuvre de Marion Zimmer Bradley que la spiritualité et les religions des origines étaient essentiellement féminines (voir les statuettes des « Vénus » préhistoriques et le culte celtique de la Mère Terre, par exemple) et que la masculinisation de la religion est essentiellement dûe à la satisfaction des besoins de conquête après les débuts de l’agriculture et la sédentarisation des populations humaines. Autrement dit, la religion a répondu aux besoins de la société humaine naissante, se formant et évoluant fondamentalement au cours des siècles (animisme, féminisation, polythéisme, masculinisation, monothéisme…). Depuis, les règles du jeu ont bien évidemment changé et il sera intéressant de voir comment ces grands cultes changeront de paradigme en réponse aux réseaux sociaux et à internet…

Pour revenir à mon histoire et stopper ma digression, je réalisai que tout ce que j’avais appris lors de mon catéchisme était un « mensonge ». En fait non, pas un mensonge, le mot est bien trop fort. Mais en tout cas, certainement pas une « réalité » conforme à « ma réalité » quotidienne de pré-adolescent avec ses questionnements incessants.

Et cela me faisait si mal de réaliser cela, c’était une vraie souffrance, car les années passées au catéchisme, les activités que j’y avais faites font partie encore aujourd’hui des plus beaux moments de mon enfance, sincèrement : partage avec les autres enfants, respect et attachement pour une animatrice très croyante qui m’a fait réellement croire en Jésus, les messes, les étoiles découpées dans du papier crépon pour décorer le sapin dans l’église Saint Martin, l’étude du livre « Pierres Vivantes ». Les souvenirs sont encore forts et beaux dans ma mémoire. Je préfère garder ceux-ci que les souvenirs amers de mes désillusions.

Trois ans plus tôt j’avais fait ma première communion avec une retraite préalable de trois jours avec tout un groupe d’enfants comme moi et c’est très dévotement que j’avais vécu cette belle cérémonie en aube blanche, que mes parents avaient financée à grands frais. Mais désormais je n’arrivais plus à étayer tous ces sentiments forts d’alors avec des faits : le Père, le fils, le Saint Esprit, des concepts un peu éthérés qui n’arrivaient plus à me faire vibrer. J’en discutais avec ma petite sœur, de trois ans ma cadette, qui elle vivait à nouveau ce moment de ferveur religieuse, et je me disputais avec elle car évidemment nous ne pouvions être d’accord et je renonçai à l’influencer pour qu’elle puisse vivre sa foi. Mes parents, de retour d’un pèlerinage en Israël, trouvaient en moi un gamin réactionnaire qui refusait obstinément d’aller à l’église, presque du jour au lendemain.

En fait le malaise était plus profond car le « mensonge » religieux était aussi un « mensonge » familial : j’appris beaucoup plus tard que mes parents étaient au bord du divorce lors de ma première communion, et si mon conscient n’avait pas réalisé le danger, mon inconscient, lui, l’avait bien enregistré. Il y avait des signes clairs que je n’avais pas voulu voir, trop heureux de rester encore dans l’enfance et le bien-être des certitudes.

Il n’en reste pas moins que toutes ces incohérences ont bouleversé le cerveau du pré-ado que j’étais, et je m’enfermais dans une sorte de rejet massif de tout ce qui était chrétien ou sacré. Je n’étais plus capable d’apprécier ce que la foi a de meilleur en elle : l’amour, la compassion, la force de bâtir des cathédrales, d’unir les êtres, voire même d’offrir une direction claire pour toute une vie.

D’ailleurs, au fur et à mesure de l’éveil de ma passion grandissante pour l’Histoire, les atrocités menées au nom de l’Eglise (croisades, Inquisition, bûchers, pédophilie de certains prêtres, etc.) n’ont fait que renforcer mon aversion.

Ce n’est que bien plus tard, une fois papa, que s’est à nouveau posé le « problème » du catéchisme. Malgré tous mes doutes sur la forme (écrits bibliques, clergé, histoire de l’Eglise…), je suis convaincu du bien-fondé du « fond », du message de la foi chrétienne ainsi que des valeurs morales qui y sont véhiculées, et je pensais donc que mon fils devait lui aussi y être familiarisé, et donc participer au catéchisme. A l’époque nous étions à Bucarest en Roumanie et nous étions d’accord avec sa maman Cristina pour ne pas l’inscrire au catéchisme de l’église orthodoxe roumaine car l’enseignement y est trop obscurantiste à mon goût.

Mais là encore, un déclencheur eut lieu lorsque je décidai d’emmener Marc à une séance de cinéma où l’on montrait un film sur la naissance de Jésus : « Voilà une bonne occasion d’initier mon fils à la foi chrétienne avec cette belle histoire » me dis-je alors, vraiment sans réfléchir à fond.

Mais Marc évidemment ne manquait pas de poser des questions embarrassantes mais parfaitement normales : « C’est quoi le Saint Esprit ? » « Comment Marie a-t-elle pu avoir un enfant sans être avec un homme ? ». Et là je réalisai de nouveau le malaise terrible qui m’avait saisi lorsque j’avais treize ans : comment imposer ce sentiment de « mensonge » à mon propre enfant ? Comment lui inculquer des enseignements auxquels moi-même je ne croyais plus ? La force de l’inconscient collectif allait donc me « forcer » à commettre de nouveau une erreur en mettant délibérément Marc dans une voie qui selon toute vraisemblance allait le conduire à une rébellion dans les années qui suivaient. Je ne pouvais pas faire décemment cela : un parent doit enseigner à son enfant des savoirs auxquels il croit, sinon il s’abstient. C’est ce qui me semble le plus « juste ».

J’ai donc décidé de laisser tomber et d’avoir une attitude équidistante : s’il allait poser une question, c’est qu’il serait prêt à en entendre la réponse, comme le dit fort justement Françoise Dolto, et donc j’y répondrais. Et je répondrais donc à tout, sans prêcher la parole Biblique, ni celle du bouddhisme zen à laquelle j’adhère désormais. J’étais rassuré en quelque sorte, car j’avais trouvé la paix face à cette décision lourde de conséquences sur les valeurs morales de mon fils.

Je me suis tenu à cette promesse et bien des années plus tard, je constate que mon fils a des valeurs morales profondes en dépit de son absence de catéchisme. Evidemment il a d’énormes lacunes en matière de culture chrétienne – ce qui ne manquera pas de choquer de nombreuses personnes – mais je sais qu’il y palliera lorsqu’il en aura vraiment besoin et qu’il les comblera par sa seule volonté, pas par la « mienne ».

Quant à votre serviteur, j’ai découvert la spiritualité après avoir rejeté la religion. Mais c’est une autre histoire que je vous conterai plus tard…

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